Premier coup de ces horribles sifflets. À la charge, nous sortons des tranchées, fusils prêts à tirer. Courir, viser, se protéger, s’allonger quand viennent les obus, les éclats d’obus qui percent, arrachent au hasard, des yeux, des dents, des mâchoire, des crânes, qui ouvrent des ventres, éparpillent des viscères, coupent les jambes, les bras ou qui, parfois, tuent net, sans bavure. Un soldat court dents serrées, pense à sa fiancée et aux enfants qu’ils auront pour se donner du courage, là il se voit l’embrassant, elle lui sourit... ! Hop ! Stoppé net par un fragment d’obus qui lui ouvre horizontalement le ventre. Le pauvre gars est allongé sur le côté, il a dans ses mains ses intestins qu’il essaie de remettre en place. Peut-être déjà dans le néant. C’est quoi, le néant, m’a demandé un type qui mourrait dans mes bras ?