RÉSUMÉ: Agronome portugais exilé en France, Alvare cherche un paradis hors du monde. Il débarque à Montréal, où il croit trouver cet Eden dans une serre hydroponique sur le Champ des possibles, dans le Mile-End. Or la serre, univers fragile, est détruite. Alvare doit tout recommencer en Islande, dans une ferme cubique économe et productive : l’avenir de la production agroindustrielle. Amoureux de Hinrika, sa collègue, Alvare rêve de trouver ancrage auprès d’elle et de l’enfant qu’ils attendent dans la belle solitude du fjord. Or, hors-sol comme les plantes qu’il cultive, Alvare est confronté à sa condition de nomade sans racines : a-t-on besoin de lui dans cette communauté tissée serrée, où des femmes fortes élèvent seules leurs enfants ? EXTRAIT: L’extrait L’espace se peuplait de présences familières. Le bachelor maintenant neuf, ses vides et ses volumes, l’invitait à vivre, à refonder en ne gardant du passé que le bon. Contemplant son oeuvre, Alvare se sentit pourtant pris d’une étrange tristesse, comme si ce simulacre de nouveau départ ne le trompait plus. Il avait quitté Paris, il était à Montréal, il serait peut-être ailleurs dans quelques années. Cette belle liberté se teintait d’une immense fatigue. Le nomade moderne, qui usait du luxe inouï de l’exil volontaire, s’adaptait, certes, mais que restait-il de ses racines ? Avaient-elles, comme celles de ses plantes, perdu toute force, tout ancrage, habitué qu’il était à flotter dans le confort de ce monde qui se donnait à lui sans effort ? Il était hors-sol, là comme ailleurs. Par choix, sans doute, mais à quel prix ? Quand, à force de se décentrer ainsi, allait-il finir par dériver sans retour ? Il prit place sur le velours passé du fauteuil, face à l’ersatz d’univers qu’il s’était reconstruit. Mais les objets, ce soir-là, lui refusèrent tout secours.