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Le Cas du docteur Plemen
Coles
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Le Cas du docteur Plemen in Ottawa, ON
Current price: $6.85


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Sous le coup de l’horrible accusation dont elle était l’objet, et profondément humiliée de l’effet qu’allait produire son arrestation dans cette ville où elle avait été au premier rang, Rhéa s’était tout d’abord affaissée dans le fond du fiacre, en face de ces deux hommes qui, du moins, respectaient sa situation en gardant le silence, et peut-être s’était-elle imaginée, par instants, qu’elle faisait un épouvantable rêve mais bientôt sa nature énergique avait repris le dessus.
Elle s’était dit alors qu’elle devait mettre sur son visage un masque impénétrable, qu’une femme de son rang ne pouvait solliciter la pitié de qui que ce fût par le spectacle de son désespoir, et elle s’était rapidement armée de tant de calme que, quand la grille de la prison s’ouvrit pour laisser rouler la voiture sous la voûte sonore, elle eut la force de ne pas tressaillir. Le commissaire de police ne sentit pas sa main trembler, lorsqu’elle s’appuya sur son bras pour mettre pied à terre.
Ce fut même d’une voix assurée que, quelques minutes plus tard, elle répondit aux questions que lui adressa M. Crosnier, dans le but de constater son identité, avant de l’inscrire sur son registre d’écrou.
C’est également d’un pas ferme que la malheureuse gagna la petite chambre qui allait lui servir de cellule, et d’un mouvement gracieux de la tête, elle accepta la garde de sœur Sainte-Anne, puis salua le directeur de la prison, lorsqu’il disparut avec la religieuse.
Mais quand, après avoir entendu la porte de sa prison se refermer, elle se vit seule dans cette pièce aux murailles blanchies à la chaux, meublée seulement d’un lit de fer, véritable couche d’hôpital, d’une table, de deux chaises de paille, et éclairée par un bec de gaz qu’un épais verre lenticulaire défendait à l’intérieur et qu’on pouvait éteindre du dehors, tout se révolta en elle : ses instincts de femme élégante, son orgueil, sa terreur de l’isolement !
Elle ne put retenir un cri de dégoût autant que d’épouvante.
À ce cri, sœur Sainte-Anne, qui veillait dans le couloir, ouvrit le guichet de la porte et lui demanda si elle avait besoin de quoi que ce fût ; mais Mme Deblain, faisant un nouvel appel à son énergie, lui répondit non, et elle s’étendit tout habillée sur le lit sordide, pour étouffer ses sanglots.
Elle était là depuis déjà plus d’une heure, s’efforçant de mettre un peu d’ordre dans ses idées, se demandant pourquoi elle était prisonnière, car elle ne pouvait supposer qu’elle fût soupçonnée d’avoir commis un crime. Son exclamation : « Est-ce qu’on croit que c’est moi qui ai empoisonné M. Deblain ! » lorsque le commissaire de police s’était présenté devant elle à la Malle, n’avait été qu’un cri d’indignation. Elle ignorait que, sur le mandat d’arrêt exécuté contre elle, figurait, conformément à la loi, l’énonciation des motifs de son arrestation : elle ne l’avait pas lu.
Elle était donc là, disons-nous, ne se rendant compte que vaguement de sa situation, sentant, en quelque sorte, la raison lui échapper, la tête enfoncée dans ses bras croisés, lorsqu’elle sentit qu’on lui touchait légèrement l’épaule, pendant qu’une douce voix lui disait :
— Ayez du courage, madame.
Elle se redressa brusquement.
— C’était la religieuse, entrée sans qu’elle eût entendu ouvrir la porte.
Sœur Sainte-Anne était une femme d’une cinquantaine d’années, sur les traits émaciés de laquelle il était aisé de lire toute une existence de sacrifices et de bonté.
— Vous ? s’écria la prisonnière. Oh ! merci ! merci ! J’ai peur !
— Ne vous laissez pas abattre, reprit avec bienveillance la sainte fille. Vous devez être brisée de fatigue. Couchez-vous. Oh ! vous le pouvez sans crainte, c’est moi-même qui ai tout préparé ici, et je ne vous laisserai manquer de rien. Dieu ne veut pas que ses créatures s’abandonnent jamais au désespoir ! Priez-le et vous serez consolée.
Sans mot dire, Mme Deblain fixait son interlocutrice de ses grands yeux pleins de larmes.
— Voulez-vous que nous priions ensemble ? demanda sœur Sainte-Anne.
— Je suis protestante, murmura la jeune femme.
— Il ne m’appartient pas de juger votre foi. Notre Dieu n’est-il pas le même, plein de miséricorde, écoutant toujours celui qui l’implore ? Prions !
La religieuse prit la main de Rhéa ; elles s’agenouillèrent toutes deux.
Peu d’instants après, la veuve de Raymond, calme et reconnaissante, se releva, puis, aidée de sa gardienne, elle se mit au lit pour sa première nuit de prison.
Les heures, hélas ! allaient se succéder pour elle sans lui apporter le repos.
Sous le coup de l’horrible accusation dont elle était l’objet, et profondément humiliée de l’effet qu’allait produire son arrestation dans cette ville où elle avait été au premier rang, Rhéa s’était tout d’abord affaissée dans le fond du fiacre, en face de ces deux hommes qui, du moins, respectaient sa situation en gardant le silence, et peut-être s’était-elle imaginée, par instants, qu’elle faisait un épouvantable rêve mais bientôt sa nature énergique avait repris le dessus.
Elle s’était dit alors qu’elle devait mettre sur son visage un masque impénétrable, qu’une femme de son rang ne pouvait solliciter la pitié de qui que ce fût par le spectacle de son désespoir, et elle s’était rapidement armée de tant de calme que, quand la grille de la prison s’ouvrit pour laisser rouler la voiture sous la voûte sonore, elle eut la force de ne pas tressaillir. Le commissaire de police ne sentit pas sa main trembler, lorsqu’elle s’appuya sur son bras pour mettre pied à terre.
Ce fut même d’une voix assurée que, quelques minutes plus tard, elle répondit aux questions que lui adressa M. Crosnier, dans le but de constater son identité, avant de l’inscrire sur son registre d’écrou.
C’est également d’un pas ferme que la malheureuse gagna la petite chambre qui allait lui servir de cellule, et d’un mouvement gracieux de la tête, elle accepta la garde de sœur Sainte-Anne, puis salua le directeur de la prison, lorsqu’il disparut avec la religieuse.
Mais quand, après avoir entendu la porte de sa prison se refermer, elle se vit seule dans cette pièce aux murailles blanchies à la chaux, meublée seulement d’un lit de fer, véritable couche d’hôpital, d’une table, de deux chaises de paille, et éclairée par un bec de gaz qu’un épais verre lenticulaire défendait à l’intérieur et qu’on pouvait éteindre du dehors, tout se révolta en elle : ses instincts de femme élégante, son orgueil, sa terreur de l’isolement !
Elle ne put retenir un cri de dégoût autant que d’épouvante.
À ce cri, sœur Sainte-Anne, qui veillait dans le couloir, ouvrit le guichet de la porte et lui demanda si elle avait besoin de quoi que ce fût ; mais Mme Deblain, faisant un nouvel appel à son énergie, lui répondit non, et elle s’étendit tout habillée sur le lit sordide, pour étouffer ses sanglots.
Elle était là depuis déjà plus d’une heure, s’efforçant de mettre un peu d’ordre dans ses idées, se demandant pourquoi elle était prisonnière, car elle ne pouvait supposer qu’elle fût soupçonnée d’avoir commis un crime. Son exclamation : « Est-ce qu’on croit que c’est moi qui ai empoisonné M. Deblain ! » lorsque le commissaire de police s’était présenté devant elle à la Malle, n’avait été qu’un cri d’indignation. Elle ignorait que, sur le mandat d’arrêt exécuté contre elle, figurait, conformément à la loi, l’énonciation des motifs de son arrestation : elle ne l’avait pas lu.
Elle était donc là, disons-nous, ne se rendant compte que vaguement de sa situation, sentant, en quelque sorte, la raison lui échapper, la tête enfoncée dans ses bras croisés, lorsqu’elle sentit qu’on lui touchait légèrement l’épaule, pendant qu’une douce voix lui disait :
— Ayez du courage, madame.
Elle se redressa brusquement.
— C’était la religieuse, entrée sans qu’elle eût entendu ouvrir la porte.
Sœur Sainte-Anne était une femme d’une cinquantaine d’années, sur les traits émaciés de laquelle il était aisé de lire toute une existence de sacrifices et de bonté.
— Vous ? s’écria la prisonnière. Oh ! merci ! merci ! J’ai peur !
— Ne vous laissez pas abattre, reprit avec bienveillance la sainte fille. Vous devez être brisée de fatigue. Couchez-vous. Oh ! vous le pouvez sans crainte, c’est moi-même qui ai tout préparé ici, et je ne vous laisserai manquer de rien. Dieu ne veut pas que ses créatures s’abandonnent jamais au désespoir ! Priez-le et vous serez consolée.
Sans mot dire, Mme Deblain fixait son interlocutrice de ses grands yeux pleins de larmes.
— Voulez-vous que nous priions ensemble ? demanda sœur Sainte-Anne.
— Je suis protestante, murmura la jeune femme.
— Il ne m’appartient pas de juger votre foi. Notre Dieu n’est-il pas le même, plein de miséricorde, écoutant toujours celui qui l’implore ? Prions !
La religieuse prit la main de Rhéa ; elles s’agenouillèrent toutes deux.
Peu d’instants après, la veuve de Raymond, calme et reconnaissante, se releva, puis, aidée de sa gardienne, elle se mit au lit pour sa première nuit de prison.
Les heures, hélas ! allaient se succéder pour elle sans lui apporter le repos.

















