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Rang de la dérive
Coles
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Rang de la dérive in Ottawa, ON
By None
Current price: $15.99


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La nuit ce ne sont pas les chaleurs qui me réveillent mais la honte, et cela dure depuis des mois. Le plus dur, c’est que je sais qu’elle est là depuis longtemps. Je l’ai combattue. Il y avait en moi quelque chose de vague, une sorte de malaise. Je le savais mais je compensais par le calme apparent, les vêtements bien coupés, même la langue que je parlais. Une sorte de langue beige, sans accent, sortie tout droit du bon parler français évitant à tout prix l’accent régional dont Éli se moquait. Le soir au souper, il imitait les secrétaires, les étudiants. Dans cet autobus, assise seule derrière le banc du chauffeur comme toutes les vieilles dames, je me rends compte que je n’ai plus la force de lutter contre ma honte, ni celle de lutter contre ma haine. Les cinq nouvelles qui composent ce recueil présentent une frappante unité. Elles constituent en quelque sorte autant de variations sur une poignée de motifs : la venue de la vieillesse, la rupture amoureuse, la perspective de la mort, chaque fois vécues et profondément ressenties par des femmes. Cette traversée de ce qu’on conçoit souvent comme le versant sombre de la vie, ce lent et obstiné travail de décodage du renoncement, cet implacable exercice de lucidité, que Lise Tremblay mène à l’aide d’une prose coupante comme un scalpel, agissent sur nous à la manière d’un exorcisme et débouchent, de façon aussi certaine qu’inattendue, sur un profond sentiment de libération, sur une inaltérable sérénité.
La nuit ce ne sont pas les chaleurs qui me réveillent mais la honte, et cela dure depuis des mois. Le plus dur, c’est que je sais qu’elle est là depuis longtemps. Je l’ai combattue. Il y avait en moi quelque chose de vague, une sorte de malaise. Je le savais mais je compensais par le calme apparent, les vêtements bien coupés, même la langue que je parlais. Une sorte de langue beige, sans accent, sortie tout droit du bon parler français évitant à tout prix l’accent régional dont Éli se moquait. Le soir au souper, il imitait les secrétaires, les étudiants. Dans cet autobus, assise seule derrière le banc du chauffeur comme toutes les vieilles dames, je me rends compte que je n’ai plus la force de lutter contre ma honte, ni celle de lutter contre ma haine. Les cinq nouvelles qui composent ce recueil présentent une frappante unité. Elles constituent en quelque sorte autant de variations sur une poignée de motifs : la venue de la vieillesse, la rupture amoureuse, la perspective de la mort, chaque fois vécues et profondément ressenties par des femmes. Cette traversée de ce qu’on conçoit souvent comme le versant sombre de la vie, ce lent et obstiné travail de décodage du renoncement, cet implacable exercice de lucidité, que Lise Tremblay mène à l’aide d’une prose coupante comme un scalpel, agissent sur nous à la manière d’un exorcisme et débouchent, de façon aussi certaine qu’inattendue, sur un profond sentiment de libération, sur une inaltérable sérénité.


















